In Socio esthétique

Aujourd’hui Esthétique et Santé va aborder comme sujet la socio-esthétique et le handicap. Cet article s’appuie sur l’expérience professionnelle de Marie-Anne Conorgues, Socio-esthéticienne, AUPRES DE PERSONNES EN SITUATION DE HANDICAP. Elle va nous expliquer comment les ateliers de Socio-esthétique contribuent à renforcer l’estime de soi des personnes en situation de handicap. Le projet Socio-esthétique intitulé : « De l’approche corporelle à l’estime de soi » a un objectif principal : favoriser les APPROCHES CORPORELLES AUPRES DE PERSONNES EN SITUATION DE HANDICAP psychique.

 

ESTIME DE SOI DES PERSONNES EN SITUATION DE HANDICAP

Le handicap psychique altère les capacités de mise en œuvre de certaines activités quotidiennes. Au-delà des activités relatives aux soins d’hygiène corporelle et vestimentaire, les soins du corps en général et les soins portés sur l’apparence sont aussi concernés.

Le handicap psychique entraîne des difficultés à la fois cognitives et motrices, ce qui complique la réalisation d’auto-soins. Des soins « basiques » hors « handicap » tels que se coiffer, s’épiler, se maquiller, se couper les ongles, se vêtir, etc. deviennent des actes difficiles à mettre en œuvre dans le quotidien pour le public concerné.

De plus la fatigue et le manque de motivation sont aussi parfois à l’origine du défaut du « prendre soin de soi ».

Une question se pose : Comment prendre soin de soi et de son apparence en situation de « handicap psychique » ?

Le handicap psychique entraîne des difficultés d’intégration de  «codes » et de « normes » sociales. L’apparence en est souvent le reflet ainsi que l’image renvoyée aux autres. Mais comment faire face au regard des autres, quand on n’a pas forcément conscience de sa « propre image » ? Ou comment faire face au regard des autres quand on n’a pas une bonne image de soi-même?

Le surpoids est aussi fréquent à cause des habitudes alimentaires ou du manque d’activité physique adaptée. Les modifications corporelles sont un facteur de l’altération de l’image de soi.

Une question se pose : comment lutter contre la stigmatisation « physique » liée au handicap psychique ?

 

Le public concerné est en situation de « carence affective » mais aussi « tactile ». Parfois la maladie entraîne une altération du schéma corporel et des difficultés ou incapacités à percevoir les limites de l’enveloppe corporelle.

L’approche par le toucher peut être difficile : les personnes ne sont pas habituées à être « touchées » dans leur vie quotidienne ou la maladie rend cette approche difficile ou irréalisable.

Une question se pose : comment autoriser le « toucher » auprès de personnes en situation de handicap psychique tout en gardant une posture professionnelle sans entraîner un risque d’attachement ? Quelles approches développer afin de travailler sur la prise de conscience du schéma corporel ?

Le corps est souvent « douloureux ». Des douleurs du dos, des pieds, musculaires, articulaires, etc. Le corps est mis à rude épreuve et est souvent un corps « objet » / « anxieux » qui n’éprouve pas forcément des sensations corporelles positives. La prise en compte de la douleur et de l’anxiété est essentielle et notamment par des techniques non médicamenteuses. Et la douleur en santé mentale est un sujet récent : l’aspect somatique est resté, malheureusement, très souvent inexploré or en santé mentale le corps souffre aussi.

Une question se pose : comment prendre en charge la douleur et l’anxiété des personnes en situation de handicap psychique par des techniques non médicamenteuses ?

Le corps est parfois « anesthésié » et privé de sensations par les médicaments ou la perception que la personne a de son corps, ou ce corps a été « agressé » et particulièrement sensible, par la maladie psychiatrique. Le manque de sollicitations tactiles ou l’excès ne font que renforcer cette problématique corporelle. Le sens du toucher est altéré. L’odorat est aussi modifié et souvent à cause d’un tabagisme excessif.

Une question se pose : quelle(s) activité(s) proposer afin de stimuler les sens les sens de la personne en situation de handicap psychique ?

Maintenir et développer le lien social est une des missions essentielles dans l’accompagnement des personnes en situation de handicap psychique.  Le développement de toute activité nouvelle et innovante est primordial afin de stimuler le public concerné et de l’inciter à s’engager dans l’action. Les activités de groupe sont essentielles afin de créer du lien et de la vie sociale.

Parfois la communication verbale est altérée et de ce fait toute méthode de communication non verbale est à développer afin de favoriser la communication. Le toucher est un excellent moyen de communication non verbale.

Une question se pose : quelle(s) activité(s) proposer afin de favoriser toute forme de communication : verbale et non verbale auprès de la personne en situation de handicap psychique ?

LE METIER DE SOCIO-ESTHETIQUE

La socio-esthéticienne est une professionnelle de la relation d’aide qui a développé une expertise centrée sur la prise en compte des troubles de l’image de soi, de l’apparence et de l’estime de soi, auprès d’un public fragilisé.
Elle utilise comme support la médiation corporelle au travers du toucher relationnel, des soins esthétiques, des soins portés sur l’apparence et de l’hygiène corporelle.

Selon le public accompagné les objectifs peuvent varier. Par exemple :

  • Favoriser le mieux-être,
  • Améliorer l’image de soi,
  • Sensibiliser à l’hygiène corporelle,
  • Eduquer, accompagner sur les soins portés sur l’apparence,
  • Entretenir l’état de la peau et des phanères,
  • Valoriser l’image de soi,
  • Favoriser la communication et le lien social,
  • Prendre en charge la douleur,

 

LA FORMATION

La socio-esthéticienne est une professionnelle qui a suivi une formation menant au Titre RNCP (Répertoire National des Certification Professionnelles) de Socio-esthéticienne. Elle peut être de formation initiale esthéticienne mais aussi infirmière, aide-soignante, aide médico-psychologique (AES), éducatrice, monitrice éducatrice, etc.

La formation se présente en double parcours avec la possibilité de valider un CAP Esthétique Cosmétique en parallèle de la formation menant au TITRE RNCP DE SOCIO-ESTHETICIENNE. L’école de Socio-esthétique se situe à Nanterre au sein de Paris Beauty Academy.

Le diplôme permet une reconversion professionnelle en Socio-esthétique. Il existe aussi des FORMATIONS COURTES qui, elles permettent, une montée en compétences en terme de « Médiation Psychocorporelle » tout en restant à son poste de travail, pour les soignants et les travailleurs sociaux par exemple, qui souhaitent proposer des soins ou ateliers de bien être sans changer de profession.

Notre organisme de formation Esthétique et Santé permet de s’adapter à tous les profils et aux projets professionnels individualisés de chacun en fonction des différents parcours.

 

EXEMPLE D’ATELIER ESTIME DE SOI

Divers ateliers Socio-esthétiques peuvent être mis en place auprès de personnes en situation de handicap. Les activités esthétiques sont un support de médiation corporelle et diverses thématiques peuvent être proposées telles que : soin du visage, des mains, des pieds, massages, maquillage ou encore conseil en image.

Il est à noter de réelles évolutions sur l’ensemble des bénéficiaires et ceci à différents niveaux selon le profil des bénéficiaires.

Nous vous proposons ci-dessous une analyse des pratiques professionnelles réalisée par Marie-Anne Conorgues après deux années d’activités socio-esthétiques auprès de personnes en situation de handicap.

Le premier point à souligner, est le fait que la régularité des ateliers permet une fréquentation assidue des bénéficiaires. En effet, la répétition de l’action permet d’inscrire les bénéficiaires dans une activité identifiée et faisant désormais partie du fonctionnement du Samsah et de la Résidence Accueil.

La majeure partie des bénéficiaires fréquente l’atelier dans un but de « mieux être » et de « socialisation ». En effet, l’atelier est co animé par la Socio-esthéticienne et deux professionnels des structures concernées, ce qui permet une dualité dans la réalisation des soins tout en favorisant une activité collective. Les soins proposés favorisent le mieux- être et le groupe favorise la socialisation

La présence des tiers professionnels a été nécessaire dès la mise en œuvre pour rassurer les bénéficiaires et pour favoriser un repère dans cette nouvelle activité. Aujourd’hui, la participation des professionnels permet d’instaurer une nouvelle relation « accompagnant-accompagné » (autre que dans les activités quotidiennes conventionnelles) axée sur le « prendre soin ».

De façon générale, au début du projet, les bénéficiaires avaient du mal à « tenir en place » et demandaient rapidement à aller fumer ou autre (au bout de 15 minutes-30 minutes). Après deux ans d’atelier, les mêmes personnes au départ « impatientes » restent sur la durée totale de l’atelier. Ce qui démontre d’une part, la relation de confiance qui s’est instaurée et d’autre part le « plaisir » de participer à l’atelier.

Au début, la découverte des soins corporels a été pour certains intrigante pour d’autres inquiétante (car peu habitués à être touchés). Au fur et à mesure de la relation de confiance établie, les bénéficiaires ont pu se «laisser-aller » davantage. Ceci s’évalue par les attitudes verbales et non verbales.

Pour certains, le soin corporel permet de centrer ses attentions sur les ressentis corporels permettant ainsi de réduire des « discours récurrents » et des angoisses. Pour d’autres, les postures permettent de constater un « lâcher prise » et une décontraction musculaire.

Des visages plus détendus, plus souriants, moins crispés, des regards plus soutenus vis-à-vis des professionnels.

Pour certains bénéficiaires les résultats sont assez éloquents. Voici quelques exemples :

– Un homme psychotique qui dans le quotidien se laisse peu approcher physiquement, et qui se laisse, dans le cadre de l’atelier, approcher, masser, au fur et à mesure des séances, au début les mains puis le visage.

– Une dame dépressive qui au début de l’activité communiquait peu avec des signes d’anxiété (balancements) et qui à ce jour arrive à exprimer des ressentis, au cours des soins, notamment sur la « grandeur » de sa tristesse et son désespoir face à la maladie. Elle communique, sourit et ne se balance plus.

– Un homme avec des idées obsessionnelles qui désormais verbalise de moins en moins ses idées, beaucoup plus centré sur les effets bénéfiques du massage.

– Une dame dépressive, soucieuse de son image et de son apparence, très anxieuse, qui trouve, ici, une opportunité de prendre soin d’elle mais aussi d’apaiser ses angoisses.

– Une dame dépressive, sous traitement de chimiothérapie, très fatiguée. L’atelier lui permet un espace de répit, de repos et de détente.

– Un homme bipolaire qui expérimente les soins et les massages à plus de 50 ans et qui se demande pourquoi il n’a pas commencé plus tôt. Une détente certaine chez ce monsieur qui apprécie pleinement chacune des séances.

 

Les soins corporels permettent une approche tactile, bienveillante, contenante, « maternante » et sécurisante, ce qui a pour résultat : une meilleure expression des ressentis et des émotions des bénéficiaires.

 

Les soins corporels sont doublés de « soins relationnels ». En effet, l’atelier Socio-esthétique est un vrai lieu de prise en considération et d’écoute active des bénéficiaires. Une activité où l’on met de côté pour un instant les soins médicaux et où le bénéficiaire se replace dans un statut d’individu à part entière, non stigmatisé, digne de considération et d’être « touché » ce qui conforte le sentiment d’existence et d’identité.

Un lieu où les bénéficiaires sont acteurs et libre de choisir : choisir le type de soin, la couleur d’un vernis, l’odeur d’une crème. Ils deviennent à ce moment-là, également, acteurs de leur « mieux être ».

Sur le plan physiologique, les soins corporels permettent de lutter contre les effets indésirables du handicap psychique liés au traitement et à l’état général des personnes : hyperpilosité, sécheresse cutanée et peaux fragilisés, ongles peu soignés (longs, sales, jaunis par le tabac, etc), douleurs plantaires, dorsales, contractures musculaires, etc.

En effets les soins dispensés : soins du visage, des mains, des pieds, massages, épilations, et l’emploi de produits cosmétiques adaptés permettent l’entretien de l’état cutané et des phanères ainsi que la prise en compte de la douleur. Cette activité est aussi un moyen d’introduire des notions d’hygiène corporelle quand cela est possible. Pendant le soin on se concentre sur ce qui fait du bien et non pas sur ce qui fait souffrir.

Cela se vérifie par les expressions verbales : «Ca fait du bien, j’ai moins mal, mon corps est plus léger, etc ».

Prenons l’exemple d’un homme ayant récemment participé à un atelier Socio-esthétique, au cours duquel il a bénéficié d’un soin des pieds. Cet homme, autonome dans sa toilette, avait les ongles de pieds, très longs, à tel point que les ongles s’étaient recourbés sous les orteils. Cet atelier a permis de repérer cette problématique et de transmettre à l’équipe de soins pour une orientation vers une prise en charge de pédicurie.

Un autre monsieur, a pu, au cours de l’atelier confier son inquiétude liée à une perte des cheveux. Il bénéficie depuis d’un traitement adapté qu’il s’est procuré à la pharmacie.

Une dame qui a découvert l’épilation au cours de l’atelier et qui s’est acheté en grande surface un appareil pour le faire chez elle.

Un des constats est une meilleure communication entre les bénéficiaires. L’activité réalisée dans un lieu calme, de détente, de plaisir favorise les échanges et la communication. Au début de l’activité les bénéficiaires communiquaient peu entre eux. A ce jour, ils sont dans de réels échanges et dans une volonté de communiquer. Ils se donnent des conseils et se « valorisent » les uns les autres. Ce qui a une répercussion directe sur l’image qu’ils ont d’eux même.

A ce propos, le regard des professionnels et ce qu’ils renvoient aux bénéficiaires (« vous avez la peau plus douce », «  vous avez de jolies mains », « ce vernis vous va bien », etc) vient rassurer les bénéficiaires sur leur apparence. Les professionnels servent de « miroir » dans l’atelier. En effet, le miroir le plus difficile à affronter est le regard des autres et non pas forcément le miroir de « la salle de bain ». Ce qui nous permet de constater qu’au-delà de l’acte technique ce qui est essentiel ce sont les mots prononcés par les professionnels qui se doivent d’être rassurants et valorisants.

 

Un autre point intéressant à développer est l’opportunité « Polysensorielle » de l’atelier Socio-esthétique.

Il a été développé ces dernières années des ESPACES SNOEZELEN dont le principe est la stimulation des 5 sens : l’ouïe, l’odorat, la vue, le goût et le toucher. Les soins en Socio-esthétique font également appel aux 5 sens de par le toucher médiateur des soins, les odeurs des produits utilisés ainsi que les couleurs. Les ateliers sont toujours accompagnés d’un  fond musical.

L’activité maquillage permet au bénéficiaire de porter un regard plus favorable sur soi. Le regard des autres ainsi que les compliments se veulent valorisant. Cette activité axée sur l’image contribue à renforcer l’estime de soi permettant ainsi au bénéficiaire d’être mieux dans sa peau et de se percevoir « autrement », plus « positivement ».

Esthétique et Santé remercie Marie-Anne Conorgues pour son éclairage sur sa profession de Socio-esthéticienne. Nous traiterons dans un prochain article les bienfaits de la Socio-esthétique de façon plus spécifique en cancérologie.

Auteur : Marie-Anne Conorgues, Formatrice pour Esthétique et Sante & Socio-esthéticienne pour l’Association Mieux Vivre Avec Son Corps à Pau (64).

Toute reproduction interdite sans l’autorisation de l’auteur.

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